Je décomplexe, tu décomplexes… Chronique décomplexée d’une prof qui ne passe pas sa vie à tout préparer.

Être prof c’est un peu passer sa vie à se dire qu’on en fait pas assez, qu’on pourrait faire mieux, plus innovant, bref qu’on pourrait être un superhéros…. On a tous ce collègue ultra organisé qui utilise les nouvelles pédagogies, range son matériel de classe dans pleins de petites boites colorées et ne conçoit que des projets interdisciplinaires. Oui, oui je te vois sourire, tu le reconnais ce collègue qui te colle des complexes le dimanche parce que t’as préféré aller au marché que faire tes prèps !!!

J’écris ici la chronique des procrastinateurs, des champions du week-end canapé, des héros du temps libre. C’est un peu les confessions d’une prof qui aime profiter plutôt que tout préparer…

Dans les faits est ce que c’est grave docteur ? Est ce qu’on est un mauvais enseignant si on préfère aller à la plage le samedi et faire un barbecue le dimanche ? Est ce que nos élèves sont pénalisés par notre évident refus à travailler le week end ? Toi, cher néo-titulaire qui lit ces quelques lignes, réjouis-toi ! La réponse est non ! Non c’est pas grave, bien sûr que c’est pas grave, et même heureusement que c’est pas grave. À vous tous enseignants, jeunes et vieux, organisés et bordéliques, on va pas se mentir: tu réussis quand tu as compris que la clef c’est ton positionnement face aux élèves et ta capacité à les accompagner toute la journée. Je dis pas de rien foutre et de rien préparer, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit ! Je dis juste que le super-collègue qui bosse matin midi et soir c’est que ça lui convient et qu’on peut faire autrement.

On peut pas dire que le métier de prof jouit d’une réputation de dingue actuellement et quand on écoute les médias on a carrément envie d’abandonner tellement on passe pour une bande de faignasses payés à rien faire et toujours en vacances. Alors remettons les pendules à l’heure, 25 heures par semaine, on répond cent millions de fois à la même question, on sourit, on arrondit les angles, on essuie les pleurs et désamorce les conflits, on se courbe en deux pour lire, on écoute des heures durant des phrases qui veulent pas dire grand chose en étant empathique, on corrige dix mille fautes d’orthographe, on vérifie que tout ce petit monde va bien,… c’est pas rien même si ce n’est pas quantifiable. Quand tu rentres à la maison le soir, tu as le droit de t’affaler et de boire un verre de vin même si tu n’as pas photocopié la page de français du lendemain… Ça fait 11 ans que j’enseigne, j’essaie de faire au mieux, d’être à l’écoute, de m’organiser… mais j’essaie aussi d’être bien dans mes baskets, de consacrer du temps à mon Jules et à mon épanouissement personnel. Le résultat ? Une maitresse souriante qui a la possibilité d’être patiente et bienveillante parce qu’elle s’accorde des moments persos. Je ne serai jamais l’enseignante de l’année, je ne serai jamais encensée par ma hiérarchie, je ne serai jamais ministre de l’éducation nationale (ouf !) mais je suis prof jusque dans mes os, j’adore mes petits loulous et ils me le rendent bien. J’adore discuter avec les parents et trouver des solutions et ils me le rendent bien. J’adore échanger avec mes collègues quand je suis débordée, à court d’idées ou carrément pas inspirée et ils me le rendent bien ! 11 ans de bonheur avec des week-end libres de toutes contraintes et ben ça se peut !

Alors toi qui stresses et t’angoisses quand tu vois la classe de ton collègue d’à côté qui est millimétrée et prête du début à la fin, tu peux souffler et te détendre. non tu n’es pas un mauvais prof parce que tout n’est pas prêt, non tu n’es pas un fainéant parce que tu profites de ton temps autrement que derrière ton ordi à écumer les sites de profs… Soyons tolérants, chacun sa méthode, le volume de temps passer derrière l’ordinateur n’a jamais fait la qualité d’un enseignant. Lis, renseigne-toi, tente des choses, échoue et recommence, démarre par de petites choses et fais évoluer ta pratique et tu verras, tout roule.

Un coup de gueule pour tout ces gens autour de nous qui jugent nos classeurs plutôt que notre envie et nos relations à nos élèves… messieurs les inspecteurs, conseillers pédagogiques et autres formateurs, soyez indulgents et au lieu d’écrire des heures sur un carnet pendant que vous êtes dans nos classes, levez les yeux et regardez les enfants. Il serait grand temps de déconstruire les idées reçues sur notre métier et s’intéresser à ce qui permet à tous d’être heureux… un prof heureux c’est un super-héros.

3 commentaires

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